Fermer les yeux, sentir le cumin qui chauffe, le miso qui parfume l’air, la cannelle qui réveille les souvenirs… et pourtant, vous êtes toujours à Loches. Pas à Tokyo, ni à Marrakech, ni à New York. Juste dans une cuisine, avec des ingrédients du terroir tout simples, mais une énorme envie de voyager.
Voyager loin… sans quitter Loches
Dans les cuisines du pôle social Simone-Veil, un samedi matin de février, l’ambiance est à la fois studieuse et joyeuse. On coupe, on mélange, on goûte, on rit. Quinze habitants sont venus pour un atelier un peu particulier : « Cuisine du monde avec des produits locaux».
L’idée est simple, mais puissante. Utiliser ce que l’on trouve autour de chez soi, chez les producteurs du coin, et s’en servir pour créer des plats venus d’ailleurs. Une soupe miso avec du tofu d’Indre-et-Loire. Une chakchouka avec les légumes du maraîcher. Un carrot cake twisté avec de la butternut locale. Et là, quelque chose se passe. On reste ici, mais nos papilles prennent l’avion.
Pourquoi cette idée plaît autant
Anaïs Moreau, qui anime l’atelier, a un objectif clair : montrer qu’avec des produits locaux, on peut faire bien plus qu’une soupe de poireaux ou une simple purée. On peut surprendre, voyager, s’amuser. Sans dépenser plus, sans aller dans des magasins compliqués.
Revisiter des recettes du monde avec ce que l’on a sous la main a plusieurs avantages. C’est plus écologique, car les produits viennent de près. C’est souvent moins cher, car on suit les saisons. Et surtout, c’est plus rassurant : on sait d’où vient ce que l’on met dans son assiette.
Un petit jeu pour ouvrir l’appétit
Avant même d’allumer les plaques, Anaïs propose un jeu. Chaque participant pioche une image : une assiette de moussaka, un hamburger, un bol de minestrone, une poutine, un houmous, une pavlova, un caldo verde…
Le défi : deviner de quel pays vient chaque plat. Très vite, les échanges se lancent. « Je crois que c’est italien… », « Ça, ça vient du Portugal ? ». Chacun partage un souvenir : un voyage, un restaurant, un repas chez des amis. En quelques minutes, la salle se transforme en tour du monde culinaire. Et déjà, personne n’a encore goûté un seul plat.
Soupe miso locale : le Japon rencontre l’Indre-et-Loire
La journée commence avec une soupe miso revisitée. Pas besoin d’ingrédients exotiques introuvables. On garde l’esprit japonais, mais on s’appuie sur les producteurs voisins.
Pour 4 personnes, par exemple :
- 1,2 l de bouillon de légumes
- 3 c. à soupe de pâte miso (blanc ou brun)
- 200 g de tofu local ferme
- 2 carottes de saison
- 1 poireau ou 2 petits oignons nouveaux
- 100 g de champignons de Paris ou de pleurotes
- 1 petite gousse d’ail
- 1 c. à soupe d’huile neutre ou de colza
On fait revenir rapidement l’ail, le poireau et les carottes émincés dans l’huile. On ajoute le bouillon, puis les champignons. On laisse mijoter 10 à 12 minutes. On coupe le tofu en petits dés, on le glisse dans la marmite quelques minutes.
À la fin seulement, hors du feu, on délaye le miso dans un peu de bouillon chaud, puis on le verse dans la soupe. Le parfum est doux, profond. Presque comme dans un restaurant japonais, mais avec la signature du terroir lochois.
Chakchouka de saison : le soleil dans l’assiette
Deuxième étape du voyage : la chakchouka. C’est un plat du Maghreb, coloré, généreux. Traditionnellement, on y met tomates, poivrons, épices. À Loches, on adapte selon le panier du moment. En hiver ou au début du printemps, on mise par exemple sur :
- 1 oignon jaune
- 2 gousses d’ail
- 500 g de tomates concassées en bocal ou en conserve
- 2 poivrons frais ou surgelés (si ce n’est pas la saison, on s’adapte)
- 1 petite courgette ou 2 carottes selon la période
- 4 œufs plein air
- 1 c. à café de cumin moulu
- 1 c. à café de paprika doux
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
On fait revenir l’oignon émincé, puis l’ail. On ajoute les légumes coupés en dés, les épices, le sel, le poivre. On laisse mijoter pour obtenir une sauce épaisse et parfumée. Ensuite, on creuse de petits puits dans la sauce et on y casse les œufs. On couvre et on laisse cuire à feu doux jusqu’à ce que les blancs soient pris.
Avec un bon morceau de pain local, la chakchouka devient un plat complet, simple, mais terriblement dépaysant. Le genre de recette qui réchauffe la table et relie tout le monde autour du plat.
Fateh aux courges : un plat du Moyen-Orient version butternut
Le fateh est un plat du Moyen-Orient, souvent servi avec du pain pita, des pois chiches, du yaourt. À Loches, on le transforme en mettant au centre une star trop souvent oubliée : la courge butternut.
Pour 4 personnes, il faut par exemple :
- 1 grosse courge butternut (environ 1 kg)
- 200 g de pois chiches cuits (en bocal ou maison)
- 4 pains type pita ou pain plat local
- 300 g de yaourt nature (idéalement un yaourt fermier)
- 1 gousse d’ail
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- 1 c. à café de cumin
- 1 c. à café de coriandre moulue ou de paprika
- Sel, poivre
On coupe la butternut en cubes, on les mélange avec l’huile, le cumin, la coriandre, le sel, le poivre. Puis on les enfourne 25 à 30 minutes à 190 °C, jusqu’à ce qu’ils soient dorés et fondants. On toaste légèrement le pain et on le casse en gros morceaux au fond d’un plat.
On mélange le yaourt avec l’ail écrasé, un peu de sel. On dépose les cubes de butternut rôtie, les pois chiches tièdes, puis on nappe de yaourt. Le contraste entre le croustillant du pain, le fondant de la courge et la fraîcheur du yaourt crée une belle surprise. Un vrai plat de partage, qui change du gratin habituel.
Carrot cake à la butternut : un dessert tout doux
Pour finir l’atelier, direction les pays anglo-saxons avec un carrot cake revisité. Ici, la carotte laisse sa place à la butternut râpée. Le résultat : un gâteau moelleux, parfumé, légèrement épicé. Parfait avec un thé ou un café.
Pour un moule rond de 22 cm environ :
- 250 g de butternut râpée finement
- 180 g de farine
- 120 g de sucre blond
- 2 œufs
- 80 ml d’huile végétale
- 1 c. à café de cannelle
- 1/2 c. à café de gingembre moulu (facultatif)
- 1 sachet de levure chimique
- 1 pincée de sel
On bat les œufs avec le sucre, puis on ajoute l’huile. On mélange la farine, la levure, le sel et les épices, puis on ajoute au mélange œufs-sucre. Enfin, on incorpore la butternut râpée. On verse dans le moule beurré et on enfourne 35 à 40 minutes à 180 °C, en surveillant la cuisson avec la pointe d’un couteau.
Le gâteau sort du four doré, parfumé à la cannelle. Si l’on veut aller plus loin, on peut ajouter un simple glaçage au fromage frais, mais déjà nature, il fait son petit effet. Un dessert qui étonne, sans être compliqué.
Ce que l’on retient de cet atelier à Loches
Derrière ces recettes, il y a surtout une idée forte : vous pouvez voyager en restant fidèle à votre terroir. Pas besoin de produits rares ou chers. Pas besoin non plus de passer des heures en cuisine.
Anaïs et les participants l’ont prouvé. Avec une butternut, quelques épices, un tofu local, un peu de curiosité, l’assiette change de visage. Et peut-être que la prochaine fois que vous irez au marché, vous regarderez différemment ces légumes que vous pensiez trop simples.
Alors, pourquoi ne pas essayer chez vous une de ces recettes inspirées de Loches ? Un soir de semaine, en famille, ou un dimanche midi entre amis. Vous verrez, le plus difficile ne sera pas la cuisine. Ce sera d’expliquer à vos invités que, oui, tout vient d’ici… même si le goût, lui, part très loin.






